Σάββατο 3 Οκτωβρίου 2026

Panayotis Karousos et Joseph Rouleau : La première historique et mouvementée de l’opéra Prométhée enchaîné à Montréal

 

La création mondiale de l’opéra « Prométhée enchaîné » (Prométhée) du compositeur grec Panayiotis Karoussos, présenté le 16 juin 1994 au célèbre Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts à Montréal, constitue un moment unique dans l’histoire de la diaspora grecque et de l’art lyrique au Canada. Il s’agissait du premier opéra grec jamais présenté au pays. Pourtant, derrière les lumières éclatantes de la première et les lettres officielles de soutien — notamment celle du premier ministre du Canada de l’époque, Jean Chrétien — se cachait une intense histoire en coulisses, un conflit artistique et une collaboration déterminante avec une légende de l’opéra mondial : le basse canadien Joseph Rouleau.

Joseph Rouleau : un géant de l’opéra mondial

Joseph Rouleau (1929–2019) fut l’un des plus grands artistes lyriques du Canada, reconnu internationalement comme un acteur et un musicien exceptionnel. Au cours d’une brillante carrière de vingt ans au Royal Opera House (Covent Garden) de Londres, il interpréta des rôles principaux dans plus de 40 productions.

Parmi ses collaborations historiques figurent son partenariat avec Maria Callas dans la célèbre production de Anna Bolena de Donizetti, ainsi que son étroite collaboration avec la célèbre soprano Joan Sutherland dans La Sonnambula de Bellini. Rouleau se produisit sur les plus grandes scènes du monde, de l’Opéra de Paris au Metropolitan Opera de New York, sous la direction de James Levine. Il reçut également les plus hautes distinctions de son pays, notamment le titre de Compagnon de l’Ordre du Canada et le Governor General’s Performing Arts Award, en reconnaissance de l’ensemble de sa contribution artistique.


Répétition de l’opéra Prométhée enchaîné au domicile du compositeur Panayiotis Karoussos à Montréal : Panayiotis Karoussos, Maria Iskandar et Joseph Rouleau avec son épouse.

La vision de la « Tétralogie grecque » et les coulisses de la production

Le jeune Panayiotis Karoussos avait conçu l’idée d’une grande « Tétralogie grecque », sous le titre « L’Aube de la civilisation ». L’éminent professeur et philhellène Jacques Bouchard accueillit cette idée avec intérêt et traduisit même le livret de Prométhée en français.

La préparation commença sous les meilleurs auspices. La remarquable pianiste de l’Opéra de Montréal et professeure au Conservatoire, Claudette Denys, crut immédiatement en l’œuvre et prit en charge sa préparation musicale. Les répétitions commencèrent chez elle, avec une équipe impressionnante : le chef d’orchestre Raffi Armenian ; la mezzo-soprano de la Scala de Milan Maria Popescu, dans le rôle de la Violence ; la soprano Leïla Chalfoun, dans le rôle d’Io, qui aida de manière décisive les artistes étrangers avec la prononciation grecque et, bien entendu, le célèbre Joseph Rouleau, dans les rôles de Kratos, Océan et Zeus.

Répétition de l’opéra Prométhée enchaîné au domicile de la pianiste Claudette Denys : le chef d’orchestre Raffi Armenian, Maria Iskandar, la pianiste Claudette Denys, le compositeur Panayiotis Karoussos, la soprano Leïla Chalfoun et, au second plan, le ténor Dimitris Ilias.

Le conflit artistique

Joseph Rouleau, percevant le potentiel de l’œuvre, proposa à Karoussos d’abaisser la tessiture du rôle de Prométhée afin de l’adapter à sa propre voix de basse expérimentée. Cela lui aurait permis de lancer lui-même l’opéra et de l’introduire dans le répertoire classique international. Cependant, Karoussos, poussé par sa jeunesse, la confiance en ses capacités et le désir de prouver sa valeur en tant que chanteur, refusa. Il insista pour assumer lui-même le rôle principal.

Cette décision provoqua une rupture. Le chef d’orchestre Raffi Armenian s’y opposa, estimant que le compositeur n’était pas encore suffisamment préparé sur le plan vocal. Des désaccords existaient également concernant l’orchestration. À la suite de ces conflits, le chef d’orchestre ainsi que la première bailleuse de fonds du spectacle, Maria, se retirèrent du projet.

La première : une soirée douce-amère

Malgré les difficultés, Karoussos trouva un nouveau soutien financier, prit lui-même en charge la vente des billets et poursuivit les répétitions avec Claudette Denys au piano. Le 16 juin 1994, Prométhée fut finalement présenté en grec, sous forme de concert.

La représentation fut cependant marquée par l’échec. Karoussos arriva sur scène presque privé de voix en raison de l’épuisement provoqué par les préparatifs, tandis que les musiciens de l’orchestre, bien qu’ayant été payés, refusèrent de jouer en raison de l’absence de chef d’orchestre. L’œuvre fut donc présentée uniquement avec un accompagnement au piano, laissant le compositeur avec une importante dette financière envers le théâtre et confronté aux moqueries d’une partie de la communauté grecque.

Le sévère critique du journal La Presse, Claude Gingras, publia une critique acerbe, parodiant le titre français de l’œuvre : « Prométhée (promettez)-nous de ne plus... » (« Promettez-nous de ne plus recommencer »). À propos de la production, il écrivit que la seule partie qu’il avait véritablement appréciée était les passages choraux de l’opéra. Karoussos, nullement découragé, répondit publiquement dans le même journal par un autre jeu de mots, qualifiant le critique de « Prométhée à Ingrat » (« Prométhée l’Ingrat »), déclarant qu’il poursuivrait son œuvre.

Le triomphe au Téléthon et la reconnaissance internationale

Malgré l’échec de la première théâtrale, la même période apporta à Karoussos un immense succès télévisuel. Il apparut sur la plus grande chaîne de télévision de Montréal, CFCF12, dans le célèbre Téléthon des étoiles, une émission caritative qui avait accueilli des noms légendaires tels que Michael Jackson et Céline Dion. Accompagné au piano par Claudette Denys, il chanta « Makedonia Xakousti », suscitant l’admiration de millions de téléspectateurs partout au Canada.

L’importance historique de l’opéra fut finalement reconnue par la Place des Arts elle-même, où fut installée une plaque plastifiée portant une gravure de Prométhée, rendant hommage à l’œuvre en tant que premier opéra grec présenté au Canada. Le compositeur envoya également l’œuvre au palais de Buckingham et reçut une lettre de remerciement de la reine Elizabeth II.

L’écho de l’œuvre et la maturité artistique

Deux ans plus tard, en 1996, l’opéra fut de nouveau présenté avec succès en français, au même endroit, à la Place des Arts.

Par ailleurs, tous les interprètes exécutèrent l’œuvre avec excellence en grec. Ils bénéficièrent des conseils et de l’aide de Leïla Chalfoun, qui interprétait le rôle d’Io et connaissait le grec, sa grand-mère Olympia étant d’origine grecque.

Des années plus tard, lorsque Panayiotis Karoussos commença à connaître de grands succès dans les milieux lyriques américains, il repensa à cette période et regretta de ne pas avoir confié le rôle principal à Joseph Rouleau. Il reconnut que l’immense expérience, la renommée internationale et l’envergure du basse canadien auraient pu donner à Prométhée l’impulsion idéale et lui permettre d’entrer immédiatement dans le répertoire classique mondial.

Leur collaboration demeure néanmoins une page fascinante faite d’audace, de passion juvénile et de rencontre artistique entre des créateurs de premier plan. C'est un grand moment historique για la présence culturelle grecque à l'étranger. La reconnaissance du compositeur et baryton Panagiotis Karousos par le ministre fédéral du Patrimoine canadien de l'époque, M. Michel Dupuy, constitue un honneur suprême, alors que son opéra « Prométhée enchaîné » a fait voyager la mythologie grecque et la culture classique sur les grandes scènes du Canada et des États-Unis.

Page du programme avec message et distribution

Message du Premier ministre

C’est avec grand plaisir que j’adresse mes cordiales salutations à tous ceux et celles qui participent à la soirée de gala, à l’occasion de la première mondiale de l’opéra Prométhée.

Mettant en vedette de nombreux artistes de talent, le spectacle de ce soir aura sûrement l’heur de plaire aux membres de l’assistance. Il leur donnera également l’occasion d’apprécier le travail de M. Panayiotis Karoussos ainsi que le patrimoine musical et culturel de la Grèce.

Je félicite les Productions d’opéra Karoussos de leurs efforts pour assurer le succès de cette soirée extraordinaire, et vous souhaite à tous et à toutes une représentation mémorable.

Jean Chrétien
Ottawa
1994


Opéra en deux actes — Version concert

L’œuvre sera chantée en grec.

Musique et livret : Panayiotis Karoussos
Inspiré de : la tragédie d’Eschyle Prométhée enchaîné

Orchestre et chœur

Direction musicale au piano : Claudette Denys

Distribution

  • Panayiotis Karoussos, compositeur, baryton — Prométhée
  • Joseph Rouleau, basse — Kratos, Océan, Zeus
  • Leïla Chalfoun, soprano — Io
  • John Jay Hébert, ténor — Héphaïstos, Hermès
  • Maria Popescu, mezzo-soprano — Via
  • Pénélope Dale, soprano colorature — Coryphée

Choristes

Sopranos :
Andréanne De Repentigny, Solange Lessard, Louise Beaudry

Altos :
Françoise Tardif, Céline Chaput

Ténors :
Michael Weber, Pierre Latour

Basses :
Alain Major, Jimmy Miron









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