Le compositeur Panagiotis Karousos avec la pianiste de l’Opéra de Montréal, Claudette Denys, le soir de la première de l’opéra « Prométhée enchaîné » au Place des Arts.
La première grande œuvre lyrique du jeune Panagiotis Karousos
En 1994, à Montréal, au Canada, un jeune musicien grec entreprit un projet particulièrement ambitieux : porter sur la scène de l’opéra la tragédie antique d’Eschyle « Prométhée enchaîné ».
Il s’agissait de Panagiotis Karousos, alors jeune étudiant en musique à l’Université de Montréal. Cette entreprise constitua sa première grande expérience en tant que compositeur et auteur d’opéra et allait devenir le point de départ d’un long parcours consacré à la composition d’œuvres lyriques.
La première de « Prométhée enchaîné » eut lieu à Montréal en 1994. L’œuvre fut ensuite également présentée dans la traduction française du professeur Jacques Bouchard, directeur des études néo-helléniques à l’Université de Montréal.
Des études musicales à la composition
Karousos s’était d’abord orienté vers le chant lyrique. À l’Université de Montréal, il étudia le chant avec Claude Savard et travailla le répertoire avec le pianiste Gaston Germaine.
Cependant, ses professeurs remarquèrent que sa force particulière résidait davantage dans la composition et l’imagination musicale. Parallèlement, il passait de nombreuses heures dans les bibliothèques de l’université à étudier des partitions et des orchestrations, notamment les œuvres de Richard Wagner.
Sa rencontre avec le professeur Jacques Bouchard fut déterminante. Bouchard encouragea le jeune musicien à se consacrer à la mise en musique de textes de la Grèce antique et partagea sa vision d’une vaste série d’œuvres lyriques grecques, que Karousos baptisa « Tétralogie grecque – L’Aube de la civilisation ».
C’est dans ce contexte que naquit l’idée de mettre en musique « Prométhée enchaîné » d’Eschyle.
Une œuvre grecque au cœur de Montréal
Le projet était particulièrement ambitieux pour un jeune compositeur. Karousos s’efforça de réunir une production avec d’importants artistes de la vie musicale montréalaise.
Une place particulière revint à Claudette Denys, pianiste de l’Opéra de Montréal et professeure au Conservatoire de musique de Montréal. Denys crut en l’œuvre et contribua de manière importante à la préparation de sa présentation.
Le baryton-basse canadien Joseph Rouleau, connu pour sa carrière internationale et sa collaboration avec Maria Callas, ainsi que la mezzo-soprano Annamaria Popescu et la soprano Leila Chalfoun, furent également associés à l’équipe artistique.
La présence de ces artistes donna au projet une dimension particulière. Un jeune créateur grec tentait de présenter une œuvre inspirée de la tragédie grecque antique dans l’un des principaux lieux artistiques de Montréal.
Jeudi 16 juin 1994 — Place des Arts, Théâtre Maisonneuve, Québec
Prométhée : Panayotis Karousos, baryton
Zeus, Océan, Kratos : Joseph Rouleau, basse
Via : Maria Popescu, mezzo-soprano
Io : Leila Chalfoun, soprano
Hermès et Héphaïstos : John Jay Hebert, ténor
Océanide : Pénélope Dale, soprano
Océanides — sopranos : Andreanne De Repentigny, Solange Lessard, Louise Beaudry
Altos : Madeleine Soucy, Françoise Tardif, Céline Chaput
Chœur masculin — créatures de Prométhée
Ténors : Micheal Weber, Pierre Latour
Basses : Alain Major, Jimmy Miron
Direction musicale : Claudette Denys, piano
Konstantinos Georgoulis, président de la Communauté grecque de Montréal, Panagiotis Ch. Theodorakopoulos, consul général de Grèce à Montréal, accompagné de son épouse, Panagiotis Karousos, compositeur, Dimitrios A. Chatzis, premier juge d’origine grecque au Canada, et Rena Papathanakou, animatrice de l’émission grecque à la station de radio CFMB 1280 AM Montréal.
La première représentation
Le chemin vers la première ne fut pas facile. La production rencontra des difficultés artistiques, organisationnelles et financières. Le jeune compositeur dut poursuivre son travail même lorsque certains des collaborateurs initialement prévus se retirèrent.
La première présentation ne se déroula pas exactement comme le créateur l’aurait souhaité. Cependant, son importance ne réside pas uniquement dans le succès d’une soirée particulière. Elle réside surtout dans le fait qu’un jeune compositeur grec osa, à un stade très précoce de sa carrière, entreprendre un opéra complet fondé sur l’une des œuvres majeures de la littérature grecque antique.
L’évolution de l’œuvre au cours des années suivantes montre que cette tentative ne resta pas un événement isolé. L’opéra fut présenté à Montréal ainsi que dans sa version française, avant de poursuivre son parcours dans d’autres pays et d’autres villes.
« Prométhée » et la présence publique du créateur
À la même époque, Karousos commença à acquérir une présence publique plus importante au Canada. Parmi ses apparitions remarquées figura sa participation au Téléthon des étoiles de la chaîne de télévision CFCF12, où il se produisit avec Claudette Denys au piano.
Ainsi, la période montréalaise ne fut pas seulement celle de la naissance de « Prométhée enchaîné », mais également la première grande apparition publique du jeune créateur dans le milieu artistique canadien.
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| Le compositeur Panagiotis Karousos avec le baryton-basse Joseph Rouleau au Place des Arts, lors de la remise à Joseph Rouleau de la distinction de l’Ordre national du Québec, en 1999. |
De Montréal à Buckingham Palace
Un document particulièrement intéressant relie l’histoire de la représentation de 1994 à la Cour royale britannique.
En lien avec la présentation de « Prométhée enchaîné » au Place des Arts, Karousos créa une plaque commémorative gravée et l’envoya à Buckingham Palace en hommage artistique.
Les archives du compositeur conservent une lettre de Buckingham Palace datée du 26 août 1994, adressée à Panayiotis Karousos. La lettre indique que la Reine avait apprécié son message et avait trouvé aimable l’envoi de la plaque qu’il avait réalisée. Elle est signée par Philippa de Rothschild, Lady-in-Waiting, au nom de la Reine.
Ce document constitue un témoignage historique particulier de cette période : il atteste de la communication d’un jeune compositeur grec installé à Montréal avec Buckingham Palace, immédiatement après son entreprise artistique de 1994.
Une première tentative devenue un point de départ
Le « Prométhée enchaîné » de 1994 doit être considéré dans le contexte de la recherche artistique et créative du jeune Panagiotis Karousos.
Il ne s’agissait pas de l’œuvre d’un compositeur déjà établi, mais de l’entreprise audacieuse d’un jeune musicien qui était encore en train de façonner son langage, de trouver sa voie et de chercher à relier la tragédie grecque antique à la création lyrique contemporaine.
C’est peut-être là que réside la plus grande importance de cette première présentation à Montréal : le jeune créateur ne se laissa pas arrêter par les difficultés de cette première production. Il continua.
« Prométhée enchaîné » fut par la suite présenté dans différents pays et différentes langues, tandis que le parcours de l’œuvre se poursuivit pendant plusieurs décennies.
L’histoire de Montréal en 1994 n’est donc pas simplement l’histoire d’une première. C’est l’histoire de la première grande tentative d’un jeune compositeur grec de trouver sa propre voix à travers Eschyle.
Et de là, Prométhée poursuivit son voyage.
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| Leila Chalfoun, soprano |
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| Leila Chalfoun, Pénélope Dale, Panayotis Carousos |








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